Un mode d'expression à décoder

Il n'est pas toujours facile de s'y reconnaître: agression ou amusement, la même grimace peut vouloir dire mille choses contradictoires. Mais il faudra bien que les petits réussissent à établir, entre eux et les autres, un véritable code implicite pour éviter impairs et méprises, ce qu'ils vont faire très vite.

Dans les crèches, et dans toutes les sections, les grimaces, aussi variées que multiples, fleurissent comme autant de messages adressés à l'autre, chaque groupe d'enfants possédant ses propres mimiques: ici le clin d’œil, là la bouche tordue ou les doigts dans le nez. Aux nouveaux venus de comprendre les conventions des habitués et d'essayer sur eux leurs propres messages. Chez certains enfants, la grimace langage prend tellement d'importance que le bon usage de la parole peut s'en trouver retardé. On peut tout lire sur leur visage, pourquoi se fatigueraient-ils à user de mots ?

Tout un art

Plus tard, lorsque la parole est bien en place, la grimace va prendre un sens nouveau. Les enfants ont maintenant compris qu'il s'agissait là d'un langage régressif: aussi vont-ils l'utiliser « pour jouer au bébé », soit pour faire le clown, soit pour se moquer ou pour provoquer l'adulte. La grimace ressemble à s'y méprendre au gros mot qu'elle accompagne assez volontiers dès que l'enfant est en position de maîtriser le fameux « caca boudin » assassin. De nombreuses observations ont mis en évidence que ce sont les enfants les moins bavards qui en usent le plus, et avec un répertoire très étendu. Le dialogue par les mimiques comme par les mots s'apprend avec l'usage.

L'enfant sait très vite différencier une « bonne grimace » d'une « mauvaise » en observant les réactions de l'adulte face à elle. C'est encore cette observation qui lui indiquera dans quelles circonstances la même grimace est drôle ou devient impolie. Tout un art fait de subtilité. Comment désamorcer un langage grimacier insolent et explosif? En utilisant la dérision.

L'enfant est toujours étonné de voir un adulte lui répondre aussi par une grimace. Un concours de grimaces, s'il reste dans les limites de l'acceptable, peut avoir des vertus éducatives et permettre de réinstaller un climat de confiance qui se serait émoussé.

Grimages et maquillage sont souvent intimement mêlés. Si on laisse un enfant se maquiller seul (avec des produits adaptés), on constate qu'il dessine essentiellement des taches de couleur sur sa figure. C'est sans doute parce que les taches invitent à la mobilité du visage, et le maquillage bouge sous l'effet des grimaces. Tout cela est possible car l'enfant sait maintenant, face au miroir, que l'image réfléchie est la sienne.