Une soif de pouvoir

Il traverse une phase d'opposition qui est pour-tant à nuancer. S'opposer pour lui n'est pas forcément nouveau, il le faisait déjà à l'âge de quelques mois avec plus ou moins d'intensité, en détournant la tête, en poussant des cris ou par des manifestations physiques telles que diarrhée ou régurgitation. Le langage lui donne maintenant la possibilité de dire ce qu'il essayait d'exprimer par son corps. Mais sa première difficulté va être de comprendre pourquoi ses parents disent « non » à certaines de ses propositions ou situations alors qu'ils se les permettent: il y a donc derrière ce petit mot une assurance, un pouvoir que l'enfant souhaite acquérir.

Un « non » qui veut dire « oui »

C'est pourquoi l'enfant va dire « non » à pratiquement tout pour le simple plaisir de pouvoir le prononcer. Il ne faut donc pas le prendre au pied de la lettre, il ne signifie pas une opposition systématique, c'est une expression du plaisir de la langue qu'il s'offre sur tous les tons et à tout propos. Le laisser faire, c'est lui donner le temps d'évaluer toutes les facettes de ce mot magique. Il suffit de renouveler la demande une ou deux fois pour constater que ce « non » peut vouloir exprimer un « oui ». L'enfant ne manque pas de logique, il se pose simplement en être autonome capable de disposer de lui, ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas d'accord avec ce que ses parents lui proposent. Il cherche le dialogue.

Puis avec le temps et l'expérience, les interdictions des parents seront de plus en plus insupportables pour lui qui veut être actif dans la vie.

Dialoguer autour du « non »

Les sentiments de l'enfant sont alors partagés entre l'amour pour celui qui interdit et l'agression que cela représente sur son autonomie. Pour sortir de cette situation angoissante, il décide de choisir l'agressivité et dit « non » à son tour, pris dans un phénomène d'identification. L'attitude des parents a alors beaucoup d'importance: si l'adulte s'oppose à l'enfant par la force des mots ou du geste, le conflit est inévitable et le dialogue se termine par des cris, des pleurs et une colère. L'éducation à ce stade de développement est affaire de compromis. Pour persuader l'enfant, par exemple, de quitter ses jeux pour passer à table ou de rentrer à la maison après une promenade au square, il faut l'avertir, le prévenir qu'il devra changer d'activité. Cela ne l'empêchera pas de dire « non », mais avec moins de vigueur puisqu'il aura eu un peu de temps pour intégrer le changement qu'on lui impose.

Ayant un peu l'impression de participer à la décision, il obéira plus facilement. Vers 2 ans, les « contraintes » lui deviendront plus acceptables, il est alors capable de discerner ses désirs propres, il sait ce que veut dire « plus tard » et comprend que ce qu'il souhaite peut être différé. Ce qui ne l'empêche pas de s'opposer et par là même de tester son interlocuteur et de s'interroger sur sa légitimité. Celui-ci est bien souvent amené à s'expliquer, perdant un peu de sa toute-puissance. Par la parole, chacun sort d'une position stérile de repli sur soi et engage le compromis, base d'une vie sociale normale. L'enfant, en refusant ce que l'adulte estime nécessaire, fait connaître sa volonté sans nuance, mais il attend aussi une réponse qui ne soit ni esquive ni silence.

Souhaiter est du domaine du désir et sujet à modification d'un moment à un autre, d'une situation à une autre, d'une famille à une autre. Il s'exprime par « non, je ne veux pas ». Ce qui n'est pas possible enseigne la patience et ouvre le rêve qui rend tout accessible, « non, tu ne peux pas », non. tu es trop petit » sont les formes les plus grandes de cette opposition. Enfin « non, tu ne dois pas » exprime un interdit pour tous et sans discussion possible. En grandissant, l'enfant apprendra à se servir de tous ces registres.

« Non » pour maman

Le « non » se dit donc dans la bouche des enfants comme des adultes sur tous les tons. Il semble que les mères aient plus de mal à le supporter que les pères, y voyant une manifestation de caprice difficilement acceptable. Les psychologues font remarquer que la plupart des mères sont partagées entre le souhait de rendre l'entant plus autonome et la réalité de le laisser de jour en jour leur échapper. L'autonomie se conquiert parfois plus souvent qu'elle ne s'acquiert. De plus, elle se gagne davantage contre la personne qui s'occupe le plus de l'enfant : dans 99 % des cas, la mère. Trouver en sa mère - la personne que l'on chérit plus que tout et qui vous sécurise comme nulle autre - un obstacle inquiète et à la fois rassure.