De 6 à 10 ans, l'enfant multiplie les relations à l'extérieur de sa famille, ce qui lui permet généralement de se montrer plus serein avec ses parents. Cependant, on observe aussi des réactions inverses, en particulier entre 6 et 8 ans. Votre compréhension mais aussi votre fermeté aideront l'enfant à franchir cette nouvelle phase, où il craint peut-être seulement de grandir. S'il se trouve confronté à des situations difficiles à assumer, telles que l'absence d'un de ses deux parents ou leur séparation, voire la mort d'un proche ou encore une maladie grave, l'enfant risque d'être plus sérieusement perturbé. Efforcez-vous de maintenir autant que possible le délicat équilibre affectif dont il a besoin.

La peur de grandir

Entre 6 et 8 ans, certains enfants adoptent dans leur famille un comportement désagréable : ils désobéissent, se tiennent mal à table, refusent de faire leurs devoirs ou encore de participer aux tâches collectives. Ils semblent d'ailleurs réserver ces attitudes peu aimables à leurs parents, car, à l'extérieur, on les dit plutôt sages, gentils, « bien élevés ». A partir de 7 ans, ils commettent parfois de petits vols ou se mettent à mentir (il faut savoir que, plus jeunes, ils ne comprennent pas qu'il s'agit de mensonges ou de vols). Peut-être agissent-ils ainsi parce qu'ils ont peur, en grandissant, de perdre votre affection et cherchent alors à capter votre attention, votre intérêt, fût-ce par des comportements répréhensibles.

Vous devez montrer fermement votre réprobation face à de tels comportements, sans toutefois dramatiser. Faites comprendre à votre enfant que vous vous réjouissez de le voir grandir, maintenez avec lui une relation de confiance, et ces difficultés s'estomperont progressivement.

La famille monoparentale

L'enfant a besoin de sentir et de savoir qu'il est le fruit du désir de deux adultes. Si vous l'élevez seul(e), que ce soit par choix ou du fait des circonstances, efforcez-vous, autant que possible, de rendre symboliquement présent le parent absent, en l'évoquant ou en expliquant par exemple ce qu'il aurait pu dire ou faire dans telle ou telle situation. Vous devez éviter de vous enfermer dans une relation trop exclusive avec votre enfant, surtout si celui-ci est fils ou fille unique.

• Les relations avec d'autres adultes

Essayez de fréquenter régulièrement d'autres enfants et d'autres adultes, amis ou membres de la famille. De cette façon, votre enfant pourra établir des relations avec des adultes de même sexe que le parent absent. Peut-être prendra-t-il l'un d'eux comme modèle : il lui manifestera alors beaucoup d'affection, tout en ayant à son égard des attitudes paradoxales d'hostilité ou de rejet, car il vivra à travers lui les conflits liés au complexe d'Œdipe. Mais, quoi qu'il en soit, l'enfant doit comprendre que cet adulte avec qui il développe des relations de type parent-enfant n'est pas son vrai parent. Il faut en effet conserver à ce dernier une place spécifique.

Le parent absent n'est pas remplacé

Ce n'est pas davantage aux frères et sœurs aînés de remplacer le parent absent, surtout lorsque la différence d'âge ne dépasse pas 6 ans. Les aînés qui se sentent tenus de jouer un tel rôle ne peuvent plus vivre les étapes normales du développement affectif de leur propre enfance; ils grandissent trop vite et risquent ensuite d'en être profondément perturbés dans leur vie d'adulte. A plus forte raison, vous ne pouvez pas attendre de votre enfant qu'il se comporte avec vous comme un confident avec lequel il vous est possible de parler d'égal à égal. Vous risqueriez ce faisant de compromettre gravement son équilibre.

Dans le cas d'un divorce

Dès que des parents ont pris la décision de se séparer ou de divorcer, ils doivent ensemble s'en expliquer à leur enfant, lui dire ce qui se passe et comment la vie va s'organiser. Avec lequel de ses deux parents va-t-il vivre, dans quel lieu ? Quand et où verra-t-il l'autre parent? Il importe que l'enfant puisse connaître les réponses à ces questions. Par ailleurs, l'enfant a toujours besoin de conserver l'assurance qu'il est bien l'enfant à la fois de son père et de sa mère, que ni l'un ni l'autre ne regrette sa naissance, que vous l'aimez toujours, lui, en dépit du désaccord avec votre conjoint. Pour lui, le souvenir de l'époque où il a vécu avec ses deux parents est essentiel.

• Dire les choses comme elles sont

Les mensonges, les non-dits risqueraient de faire souffrir l'enfant bien davantage encore que la réalité, car il ne comprendrait pas vos inquiétudes, vos mouvements d'humeur, vos absences. Il pourrait imaginer que vous ne l'aimez plus ou qu'il est responsable de la séparation et possède peut-être le moyen de vous réconcilier. Fuyez donc à tout prix les tricheries. Dites-lui simplement ce qu'il en est : que la vie commune avec son père ou sa mère n'est plus possible, mais que vous ne l'en aimez pas moins, lui, et que vous vous engagez à continuer de l'élever.

Ne l'impliquez pas dans les décisions à prendre. Celles-ci sont de la seule responsabilité des adultes. Et il vaut beaucoup mieux pour lui que les conflits ne s'éternisent pas et surtout que vous ne lui demandiez pas de prendre parti. Tant que les conflits persistent, vous devrez éviter de modifier à sa demande les décisions que vous avez prises le concernant.

• L'enfant aura toujours deux parents

Préserver le sentiment d'une double filiation exigera de vous un effort, au moins au début. Ne reniez pas le passé et essayez d'évoquer votre ancien conjoint sans le dénigrer ni le dévaloriser. Faire disparaître les photos où l'enfant se trouvait avec l'autre parent, l'obliger à raconter ce qu'il fait quand il est chez lui ou chez elle, essayer de gagner sa préférence en cédant à tous ses désirs, rejeter la faute de la séparation sur l'autre sont autant d'attitudes à proscrire, si vous voulez éviter que votre enfant ne développe un très fort sentiment de culpabilité.

Il est indispensable que les deux parents parviennent, chacun de leur côté et au besoin en s'appuyant sur une tierce personne (psychologue, médecin), à réorganiser leur vie affective et sociale. Mais il est également souhaitable qu'ils continuent à partager des temps communs avec leur enfant, lorsque celui-ci va de l'un chez l'autre ou lorsqu'il vit des événements marquants : fête de l'école, anniversaire, hospitalisation, départ en colonie, etc. Essayez autant que possible de maintenir avec votre ancien conjoint une certaine communication.

• Quand la famille se recompose

Par la suite, l'enfant devra peut-être accepter de vivre avec un beau-père ou une belle-mère, ce qui n'est pas sans poser de problèmes. Le beaux-parents n'a pas un rôle facile. Il doit faire preuve d'une grande patience, respecter les sentiments de l'enfant et adopter envers lui une attitude dépourvue d'ambiguïté. Il doit par exemple se faire appeler par son prénom (et non « papa » ou « maman ») afin que l'enfant puisse continuer à se repérer facile-ment dans sa filiation. Il sera nécessairement confronté à des réactions de jalousie et de rivalité, sentiments qui prévalent également dans les relations qu'entretiennent entre eux les demi-frères et demi-sœurs ou les enfants qu'ont eues auparavant les deux membres du nouveau couple. Chaque enfant est à l'affût de la préférence qui pourrait être donnée à l'autre et s'imagine souvent être victime d'injustice. Lorsque deux parents choisissent de composer une nouvelle famille ensemble, ils doivent absolument s'efforcer de rester justes et équitables à l'égard de tous les enfants, sans prétendre aimer d'emblée chacun d'eux de la même façon.

L’enfant face à la maladie

L'apparition ou la découverte chez l'enfant de certaines maladies chroniques (diabète, mucoviscidose, rhumatisme inflammatoire, contamination par le virus H.I.V., etc.) très difficiles à guérir dans l'état actuel de la médecine est susceptible de perturber profondément les relations familiales. L'enfant atteint d'une telle maladie peut souvent continuer à mener une vie quotidienne assez proche de celle des autres enfants, mais cependant au prix de nombreuses contraintes. Il a encore davantage besoin de vous. Sa maladie est une épreuve pour les parents, qui doivent plus que ne jamais s'épauler et apprendre à partager les efforts. Il ne faut surtout pas que l'enfant ait le sentiment qu'il devient, du fait de ses problèmes de santé, un poids insupportable pour ses parents, voire un sujet de discorde. Pour lui apprendre à vivre avec sa maladie, vous devez vous-même accepté cette réalité. Essayez de ne pas étouffer la personnalité de l'enfant par un désir excessif de le protéger.

N'oubliez pas que vous n'êtes pas seuls dans cette lutte de tous les jours. L'équipe médicale spécialisée qui s'occupe de votre enfant est à vos côtés. Les associations de parents d'enfants atteints de la même maladie peuvent aussi vous apporter une aide précieuse, sur les plans moral, juridique et financier. Cependant, votre meilleur soutien reste votre enfant, qui, le plus souvent, fait preuve, face aux souffrances et aux contraintes qui sont les siennes, d'une remarquable faculté d'adaptation et d'une grande vitalité.